du développement anarchique des cellules  dans le corps social

 

   Une mission scientifique d'une dizaine de personnes aurait été envoyée dans les îles Kerguelen, à l'époque désertes. Une fois sur place, la petite équipe manifesta divers besoins en matériel, équipement, éléments d'amélioration du confort quotidien...
   Au bout de quelques semaines, des bureaux ministériels, on s'avisa qu'il serait opportun de contrôler les dépenses engagées par la mission. Sur place fut envoyé un responsable administratif et financier, qui demanda états de dépense, justificatifs, demandes d'engagement... Très vite, lui fut attribué du personnel
   Pour gérer cet ensemble, un directeur du personnel fut nécessaire ; expatriations, états des effectifs, retraites, avancements, primes, congés ... justifiaient du renfort: il fut rejoint par quelques collaborateurs. En douceur, l'effectif de la base de Kerguelen serait passé en deux ans de 10 à près de 200 personnes.
   Entre temps, la mission terminée, les dix experts étaient rentrés sans que, dans le va-et-vient incessant, personne ne s'en aperçoive.

   Les îles Kerguelen étaient devenues le parfait exemple d'un organisme n'ayant d'autre finalité que de produire pour lui-même ... et de ne servir à rien.  Or, même en supposant chez tout le monde la meilleure bonne volonté et une grande efficacité dans sa tâche, chacun était débordé de travail et réclamait du personnel supplémentaire.

  Toute structure connaît naturellement cette dérive.  La fonction publique en est la caricature. Mais dans nos entreprises, il faut évoquer les personnes des fonctions « support » ou des sièges sociaux.

   Leur mission est d'aider, faciliter, alerter, guider ... ceux qui sont sur le terrain, au service des clients.  Qu'elles l'oublient, alors elles saturent les opérationnels de formulaires à remplir, de demandes de « reporting », de comptes rendus d'activité, de statistiques à établir... Et comme il faut exploiter ces remontées d'informations, analyser, comparer... avant de réglementer et de mettre de nouvelles procédures en place... on recrute.  Chaque service a ses exigences propres, de plus en plus élaborées, pointues, sophistiquées, émanant d'experts ... qui ont perdu le SENS DU CLIENT et qui, sans s'en rendre compte, perturbent leurs collègues dans le service qu’ils doivent au client.

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