REMUNERATION AU MERITE

   Un récent sondage réalisé pour Valeurs Actuelles , fait apparaître que « les Français disent oui à la rémunération au mérite ».
   Au delà de la valeur que l’on peut  attribuer aux sondages, il ne faut  pas se tromper. Trop souvent la notion de mérite est confondue avec celle de performance et de productivité économique ou financière.

   Performance
n’est pas toujours mérite. Le mérite n’est pas chiffrage ou quantification. S’il est relativement aisé de quantifier une production ou de déterminer un pourcentage sur le chiffre d’affaires ou des ratios, il est bien délicat de mesurer la performance d’une standardiste, de chiffrer celle d’un chef de service ou d’une personne du bureau d’études. Sont-ils pour autant dépourvus de mérite ?
  
   L’erreur n’est pas d’aujourd’hui. « Payer le résultat », « récompenser la performance », stimuler la compétitivité »…Autant de tics relevant de ce que Simone Weil nommait fort justement « la monomanie de la comptabilité », pour laquelle n’a de valeur que ce qui peut se chiffrer.

   Adopter la notion de mérite, c’est résolument tourner le dos à l’unique appréciation quantitative. C’est prendre en considération l’ensemble des qualités intellectuelles et morales ou relationnelles concrètement manifestées ; elles font la valeur d’une personne et la qualité de son service. Reconnaître le mérite c’est dépasser les notions de rentabilité, productivié, quotas, ratios, marges…faciles à mesurer. Expression des qualités personnelles exprimées dans le travail,
le mérite est fonction de la qualité du service rendu;
le mérite est « ce qui rend une personne digne d’estime et de récompense quand on considère la valeur de sa conduite et les difficultés surmontées » .
Il y a du mérite à surmonter un obstacle, reconnaître ses limites, dominer ses propres lacunes. A beaucoup de mérite celui qui avoue et répare les bêtises commises et se sert de ses erreurs pour augmenter ses capacités propres.

« Ne jugez pas l’homme à partir de l’erreur commise, disait un chef d’entreprise, mais la façon dont il l’a maîtrisée. Le potentiel d’un individu se révèle dans cette capacité à dominer la difficulté. Celui qui commet une erreur ne démérite pas quand il la reconnaît et la répare ».

   Qu’est-ce qui fait le mérite d’un commercial, d’un chef d’équipe, d’un dirigeant, d’un magasinier ? S’il a du mérite, c’est qu’on peut lui faire confiance.
   Le but de l’entreprise n’est pas de faire des salariés méritants, mais de servir les clients : là, réside le bien commun de l’entreprise. Dans la mesure où la personne contribue, participe à la réalisation de ce bien commun – par son souci de valoriser les autres, de travailler en cohésion avec son entourage, de proposer des solutions - elle mérite en retour estime, égard, considération et reconnaissance. Une personne de mérite se signale par les services rendus.

Le mérite est signe de distinction des personnes : en jugeant ses actes, ses comportements par des faits. Quel que soit le contexte économique la reconnaissance du mérite est juste (rendre à chacun ce qui lui est dû), nécessaire et obligatoire pour le mieux être des personnes et une plus grande efficacité de l’entreprise. Il appartient aux dirigeants de déterminer ce qui fait le collaborateur méritant et de fixer les règles pour le récompenser.

   Ramener le mérite de l’homme à la performance quantitative, c’est confondre son travail avec celui d’une machine et le dévaloriser.

   C’est aussi le mettre en situation de tricher avec son entreprise. Il suffit de se référer à l’actualité.

 

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